Biomonitoring humain spécifique aux PFAS
Historique de la situation
L’étude BMH-PFAS, commandée par le Gouvernement wallon fin 2023, visait à surveiller l'exposition humaine aux PFAS dans des zones identifiées en Wallonie, dont Ronquières, pour lesquelles un dépassement (ou des valeurs proches) de la future norme de 100 ng/l pour PFAS-20 dans l’eau de distribution avait été constaté (norme entrée en vigueur en date du 20 février 2025).
Pour rappel, en raison d'incohérences constatées dans certains résultats dans les zones de Chièvres, Ronquières et Nandrin lors de la 1ère campagne de prélèvements menée en 2024, il avait été décidé de refaire les prélèvements sanguins dans ces trois zones. En effet, les résultats de cette 1ère campagne ont été sous-estimés et sont donc inexploitables.
Les citoyens y ayant participé ont donc été invités à refaire des prélèvements sanguins.
- 97 résidents dans la zone de Ronquières (comprenant des habitations d’Ittre et Seneffe également) ont participé à cette nouvelle campagne de BMH, ce qui représente 6,5 % de la population ciblée.
- Les prélèvements ont eu lieu en octobre 2024 et chaque participant a reçu ses résultats individuels en décembre 2024. Les résultats sont accompagnés de recommandations.
- Bien que le prélèvement de sang veineux (prise de sang classique) ait été privilégié, une méthode alternative par prélèvement de sang capillaire via une piqure au bout du doigt a également été proposée (notamment pour les jeunes enfants).
- Entre 13 et 19 composés PFAS ont été recherchés dans les échantillons sanguins. L’exploitation des résultats est faite, distinctement, selon le type de prélèvement sanguin.
- Les concentrations en PFAS ont été mesurées et comparées aux valeurs de référence d’exposition wallonnes déterminées durant le programme BMH-Wal et aux valeurs-seuils santé retenues par des experts du Conseil Scientifique Indépendant (CSI) PFAS, constitué à la demande du Gouvernement wallon en novembre 2023.
Nouveau Biomonitoring Humain PFAS
Un nouveau Biomonitoring Humain PFAS est organisé pour les communes desservies en tout ou en partie avec de l’eau issue du Feeder du Hainaut.
Cet appel à participation concerne les résidents âgés de 12 à 59 ans, dans une des communes suivantes : Braine-l’Alleud, Braine-le-Château, Braine-le-Comte, Ecaussinnes, Ittre, Seneffe, Soignies, Le Roeulx, Tubize et Waterloo.
Les riverains des quartiers brainois concernés ont été informés par courrier des modalités pratiques d'inscription et peuvent, s'ils ont des questions, s'adresser au Service Environnement ([email protected]). Inscriptions prolongées jusqu’au 21 mai !
Résultats
Les 1ers résultats indiquent que certains PFAS tels que PFOS, PFOA, PFHxS sont détectés dans tous les prèlèvements de sang veineux, alors que d’autres PFAS ne sont pas ou peu détectés.
Les concentrations en PFAS les plus élevées sont observées chez les adultes plus âgés. Ce constat est similaire à l’échelle de la Wallonie et expliqué par le fait que les PFAS sont bioaccumulés au cours de la vie.
Valeurs de référence santé
Les experts du Conseil Scientifique Indépendant recommandent d’utiliser les valeurs de référence définies par les National Academies of Sciences (NAS) américaines (NASEM, 2022), complétées par les valeurs HBM I de la Commission Nationale de Biomonitoring allemande2 pour le PFOS et le PFOA.
Deux valeurs-seuils santé sont définies par les NAS pour une somme de 7 PFAS, à savoir l’addition des concentrations en PFOA (linéaires et ramifiés), PFOS (linéaires et ramifiés), PFHxS, PFNA, PFDA, PFUnDA, MeFOSAA. Cet indicateur est nommé ici : Somme PFAS NAS.
Seuils de la somme PFAS NAS sont :
- 2 μg/L
- 20 μg/L
Concrètement :
- Sous 2 μg/L, il n’y pas d’effet néfaste attendu suite à l’exposition aux PFAS
- Il existe un risque d’effets indésirables, entre 2 et 20 μg/L, en particulier chez les populations sensibles
- Il y a risque accru d’effets indésirables au-delà de 20 μg/L
Résultats chiffrés
Tous prélèvements confondus, 18,5 % des participants dépassent le seuil santé "somme NAS" de 20 μg/l de sang retenu par le CSI au-delà duquel il y a un risque accru d'effets indésirables. Le reste de la population (81,5%) se situe entre 2 et 20 μg/l.
Tous prélèvements confondus, pour les composés linéaires du PFOS et du PFOA, un peu moins d’1 participant sur 2 (45,4%) a une valeur supérieure à la valeur-guide HBM I pour le PFOA, et un peu moins d’1 sur 5 a une valeur supérieure à la valeur-guide HBM I pour le PFOS (16,5%).
- De manière générale, les classes d’âges les plus âgées ont tendance à plus dépasser les valeurs seuils santé.
- L'analyse comparative avec la population wallonne a été menée pour les classes d’âge : 20-39 ans et 40-59 ans
- Aucune comparaison possible pour les adolescents 12-19 ans du fait du trop faible effectif dans la zone de Ronquières).
- Les jeunes adultes et les adultes de zone de Ronquières sont 1,3 à 2 fois plus imprégnés en PFOA et 5,5 fois plus imprégnés en PFHxS, que la population générale wallonne. Aucune différence significative d’imprégnation en PFOS.
- Surexposition significative au PFHXs des jeunes adultes 20-39 ans et adultes 40-59 ans de la zone de Ronquières en comparaison à la population générale wallonne
- Les hommes de 40-59 ans de la zone de Ronquières dépassent significativement plus la valeurs seuils santé NAS 20μg/l que la population wallonne.
Sur base des données disponibles, les profils PFAS dans le sang des résidents montrent une présence, essentiellement, de PFHxS, PFOS, et PFOA.
Ces trois PFAS sont également détectés dans l’eau de distribution, il est probable que cette dernière soit une source d’exposition.
Cependant, d’autres PFAS présents dans l’eau de distribution (PFBA, PFPeA, PFHxA, PFHpA et le PFBS) ne sont pas retrouvés dans le profil PFAS des résidents de la zone de Ronquières.
D'autres sources environnementales et de consommation ne peuvent donc pas être négligées et doivent être explorées (l’alimentation étant connue comme source principale d’exposition aux PFAS pour la population générale).
Il y a des similitudes de profils mais aucune causalité ne peut scientifiquement être établie en l’état avec la distribution d’eau.
Conclusion
- Comparaison avec la population générale :
Les résidents des zones étudiées présentent des niveaux d'imprégnation en certains PFAS plus élevés que la population wallonne générale, indiquant une surexposition.
A ce jour, aucune preuve scientifique ne permet toutefois d’affirmer que l’eau de distribution ait été à elle seule responsable de la surexposition des citoyens des zones concernées. - Réduction de l'exposition :
Étant donné leur présence massive dans l’environnement, il est important de continuer à surveiller et à réduire les sources d'exposition aux PFAS en suivant les recommandations décrites notamment sur le site : http://environnement.sante.wallonie.be/pfas. À côté de ces recommandations concrètes pour chaque citoyen, des actions à court, moyen et long terme doivent être prises aux niveaux régional, national et européen (voire mondial) pour limiter et réduire l’exposition des citoyens.
La réduction des imprégnations en PFAS passe par l’élimination d’une ou des sources d’exposition aux PFAS. - Pour la zone de Ronquières, SWDE a prévu des travaux de raccordements sur le réseau d’Ecaussinnes.
Une nouvelle conduite doit être installée pour octobre 2025.
L’eau distribuée ne proviendra plus du Feeder du Hainaut et ne sera donc plus contaminée en PFAS. - Les PFAS étant des molécules de synthèse utilisées pour des applications diverses et dans de nombreux produits du quotidien, d’autres sources d’exposition que l’eau de distribution ne sont pas à négliger, telle que l’alimentation, connue pour être une source principale d’exposition aux PFAS pour la population générale.
Une attention particulière doit être apportée à ces autres sources d’exposition potentielles via l’analyse des questionnaires remplis par les participants, afin de déterminer et prendre en compte l’ensemble des facteurs d’exposition et ainsi mettre en oeuvre les actions les plus efficientes possibles pour réduire ou supprimer l’exposition aux PFAS.
Cette analyse des facteurs d’exposition aura lieu prochainement. - Le Conseil Scientifique Indépendant PFAS a émis des recommandations destinées aux professionnels de la santé en cas de dépassements des valeurs seuils sanitaires (HBM I et somme PFAS NAS).
Des outils d’informations sont mis à la disposition du corps médical (webinaire, documents d’information) afin de leur permettre d’assurer le suivi sanitaire le plus adéquat de leur patientèle.
Cependant, il est important de souligner qu’un dépassement d’une des valeurs seuils santé n’entraînera pas obligatoirement des effets néfastes sur la santé. - En-dessous de 2 μg de PFAS/l de sérum, on peut considérer qu’il n’y a aucun risque pour la santé.
- Entre 2 et 20 μg/l, il existe un risque de constater une fréquence plus élevée d’apparition de certaines maladies : cancer du sein, du rein ou de la prostate, maladies cardio-vasculaires, diminution de la réponse à certains vaccins chez le nourrisson.
- Au-delà de 20 μg/l, ces risques sont accrus.
- Le médecin généraliste reste l’interlocuteur principal de la population. Des informations spécifiques aux PFAS ont été transmises aux sociétés de médecine générale et aux associations de pharmaciens.
- Bien qu’il n’existe pas de traitement, un suivi peut être mis en place avec le médecin généraliste en fonction de chaque exposition. Ce suivi implique une série d’examens médicaux classiques.
Assistance
- Le citoyen peut trouver une réponse à ses questions via le numéro vert de la Région wallonne, en formant le 1718 et en choisissant l’option 5. Les agents orienteront alors vers les services appropriés.
- S’il s’agit d’un besoin spécifique de soutien psychologique pour des citoyens des zones impactées, d’autres outils sont disponibles : La ligne 107 de l’AVIQ ou www.trouverdusoutien.be
- Le 0474/128.308 géré par la société des psychologues conventionnés.

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